Faut-il avoir quelque chose à prouver pour faire de la musique ?

Depuis plusieurs années, je vois chaque semaine des jeunes entrer pour la première fois dans les studios de Plug The Jack.

Certains arrivent à plusieurs. D’autres viennent seuls. Certains font de la musique depuis quelques années et d’autres commencent pratiquement de zéro.

Chez les DJs, c’est particulièrement visible. On peut aimer profondément la musique, passer ses journées à écouter des sets, commencer à mixer chez soi et pourtant se sentir tout petit lorsqu’on se retrouve pour la première fois devant des CDJ-3000 et une table de mixage professionnelle.

Bassiste en train de jouer en studio

Il y a parfois cette impression étrange que ce matériel est destiné aux « vrais DJs ». Qu’il faudrait déjà avoir un certain niveau pour avoir sa place derrière. Pourtant, nos studios DJ accueillent précisément des personnes de tous niveaux, y compris celles qui commencent.

Mais à partir de quel moment devient-on un vrai DJ ? Un vrai musicien ? Un artiste ?

Après plusieurs années passées au milieu de milliers de personnes qui font de la musique, je ne suis plus certain que ces questions aient beaucoup de sens.

« J’ai toujours été très mauvais »

Au début de l’aventure Plug The Jack, j’ai rencontré un homme d’environ septante ans qui venait jouer dans nos studios.

Je lui ai demandé depuis combien de temps il faisait de la musique et dans quel groupe il jouait.

Sa réponse m’est restée.

Il m’a expliqué qu’il jouait depuis très longtemps, qu’il avait « toujours été très mauvais », mais qu’il ne voyait tout simplement pas comment sa vie pourrait être heureuse sans la musique, sans ces moments passés à jouer avec ses amis et à s’exprimer.

Cette réponse m’avait fait sourire. Mais avec le temps, je me suis rendu compte qu’elle disait quelque chose d’assez profond.

À un bout du spectre, je vois des jeunes de dix-huit ou vingt ans hésiter à se considérer comme musiciens parce qu’ils débutent.

À l’autre, cet homme avait joué pendant une grande partie de sa vie, ne se considérait toujours pas particulièrement bon et cela n’avait absolument aucune importance.

Entre les deux, il y a peut-être une idée assez simple : nous accordons beaucoup trop d’importance au niveau lorsqu’il s’agit de décider qui a le droit de faire de la musique.

Être musicien n’est pas un niveau

Nous avons tendance à associer la musique à la performance.

On devient « musicien » lorsqu’on atteint un certain niveau. « Artiste » paraît encore plus intimidant : le mot semble parfois réservé à ceux qui ont acquis une certaine légitimité, qui se produisent devant un public, qui sortent des morceaux ou qui vivent de leur musique.

Pourtant, ce n’est pas ce que j’observe.

La grande majorité des personnes qui viennent chez Plug The Jack ne vivent pas de la musique. Et beaucoup ne cherchent même pas à en vivre.

La musique occupe simplement une place importante dans leur vie.

Elle leur permet de créer, de rencontrer d’autres personnes, de partager quelque chose, de s’exprimer. Elle fait parfois partie de la manière dont ils se définissent eux-mêmes. C’est aussi l’idée qui se trouve derrière la mission de Plug The Jack : rendre l’expression musicale accessible, quel que soit le niveau.

Être musicien n’est donc peut-être pas une question de niveau.

C’est d’abord avoir une relation avec la musique.

Chanteuse au micro dans un studio Plug The Jack

La sincérité avant la perfection

Il y a un mot qui me paraît particulièrement important : la sincérité.

Quelqu’un peut s’exprimer maladroitement et transmettre énormément. À l’inverse, on peut maîtriser parfaitement une recette et ne transmettre presque rien.

Les imperfections, les hésitations et même une certaine fragilité font partie de l’expression artistique.

Un homme de septante ans peut être maladroit avec sa guitare et pourtant transmettre une passion extrêmement communicative.

Parce que la musique est avant tout un langage.

Elle permet de dire quelque chose, mais aussi de rencontrer les autres autour de ce quelque chose.

Et lorsqu’il y a de la sincérité dans ce qu’on joue, chante, compose ou mixe, le niveau technique cesse d’être le seul critère qui compte.

Chez Plug The Jack, c’est précisément ce que nous essayons de rendre simple :
disposer d’un espace équipé où l’on peut venir pratiquer, seul ou à plusieurs, sans devoir déjà avoir un certain niveau ou posséder tout le matériel. Découvrir Plug The Jack

Alors, pourquoi travailler ?

Dire cela ne signifie évidemment pas que la technique est inutile.

Au contraire.

Si la musique est un langage, travailler sa technique revient à enrichir son vocabulaire.

Un écrivain peut avoir naturellement quelque chose à raconter. Mais lire, apprendre, découvrir de nouveaux mots et comprendre comment d’autres écrivent lui donnera progressivement davantage de moyens pour exprimer précisément ce qu’il veut dire.

La musique fonctionne de la même manière.

On travaille ses partitions. On développe sa dextérité sur une guitare. On apprend à utiliser sa voix. On découvre les possibilités d’une table de mixage ou d’un logiciel. On apprend des autres.

Chaque compétence supplémentaire ajoute une couleur à notre palette. Pour un DJ débutant, cela peut simplement vouloir dire passer du temps à pratiquer et à se familiariser progressivement avec le matériel. Pour un groupe, cela peut être le fait de se retrouver régulièrement dans un studio de répétition. Pour un chanteur, beatmaker ou producteur, cela peut être d’expérimenter dans un studio d’enregistrement et de production.

La technique n’est donc pas nécessairement une destination. Elle est un outil qui permet de mieux exprimer le propos.

Et le propos reste la musique elle-même.

Faire une place à la musique

Il existe cependant une difficulté très concrète : faire entrer la musique dans nos vies.

On peut évidemment faire de la musique partout. On peut fredonner dans sa voiture, écrire quelques mots lorsqu’une idée nous traverse ou jouer chez soi.

Mais certaines formes de pratique nécessitent de l’espace, du volume, du matériel ou simplement d’être plusieurs.

Et dans nos vies urbaines, entre le travail, les études, les logements partagés, les voisins, les déplacements et les sollicitations permanentes, réunir ces conditions n’est pas toujours évident.

C’est aussi pour cette raison que j’aime l’idée d’un studio comme une sorte d’antre ou de refuge.

Un endroit où, pendant une heure ou deux, il n’y a plus grand-chose à organiser. Le matériel est là. L’espace est là. Les autres musiciens peuvent être là.

Et on peut simplement s’occuper de musique.

Pas parce qu’il faut nécessairement progresser. Pas parce qu’il faut préparer une carrière. Mais simplement parce qu’on a décidé que la musique méritait cette place dans notre vie.

Tu n’as pas besoin d’attendre d’être musicien

Si tu regardes aujourd’hui une guitare, un micro, un logiciel de production ou une paire de CDJ en te disant que tu n’as probablement pas encore le niveau pour être là, tu prends peut-être le problème à l’envers.

Il n’y a pas d’âge ni de niveau minimum pour commencer à s’adonner à une passion. Au cours d’une vie, on découvre de multiples passions et on suit plusieurs parcours.

La musique n’impose pas un niveau standard qu’il faudrait atteindre pour avoir sa place. Chacun peut apprendre, rencontrer d’autres personnes et progresser à son rythme.

Et rencontrer d’autres musiciens permet aussi de découvrir quelque chose de rassurant : eux aussi sont en train d’apprendre.

Peut-être faut-il finalement avoir un peu d’humilité devant la musique. Accepter qu’elle soit plus grande que notre niveau, notre technique ou nos ambitions.

Et se lancer.

Parce qu’on n’a pas besoin d’attendre d’être musicien pour commencer à faire de la musique. C’est probablement en faisant de la musique qu’on le devient.

Damien
Fondateur de Plug The Jack