Mixage et mastering : quelle différence ?

Quand on commence à produire sa musique, les termes se mélangent rapidement.

Tu enregistres une voix, tu modifies son volume, tu ajoutes une EQ et une reverb.

Est-ce que tu es encore en train d’enregistrer ?

Mains sur un clavier maître pendant une session de mixage

Est-ce que tu mixes déjà ?

Et à quel moment intervient le mastering ?

La différence devient beaucoup plus simple lorsqu’on regarde sur quoi tu travailles à chaque étape.

L’enregistrement crée la matière.
La production construit le morceau.
Le mixage fait fonctionner les différentes pistes ensemble.
Le mastering travaille sur le morceau terminé comme un tout.

Dans la réalité, les frontières entre les trois premières étapes ne sont pas toujours parfaitement nettes. Mais cette distinction permet de comprendre ce que tu essaies réellement de faire.

Enregistrer : créer la matière sonore

L’enregistrement consiste d’abord à capturer un son.

Une voix dans un micro.

Un instrument.

Un ampli.

Ou toute autre source audio.

À ce moment-là, ton objectif principal n’est pas encore de rendre le morceau entier parfaitement équilibré.

Tu essaies surtout d’obtenir une bonne matière première.

Une prise suffisamment propre.

Un niveau d’entrée correct.

Pas de saturation involontaire.

Une position cohérente devant le micro.

Le moins possible de bruits ou de réflexions indésirables.

C’est important parce qu’une mauvaise prise suivra le morceau pendant toute la production.

Tu pourras ensuite utiliser EQ, compression ou autres traitements, mais aucun plugin ne recrée parfaitement une information qui n’a jamais été correctement enregistrée.

Si tu veux revenir plus en détail sur cette première étape, notre Guide Comment enregistrer sa première chanson ? reprend les bases d’une première prise.

Produire : construire le morceau

L’enregistrement n’est qu’une partie de la production musicale.

Tu peux d’ailleurs commencer à produire avant d’avoir enregistré quoi que ce soit.

Un beat.

Quelques accords.

Du MIDI.

Un instrument virtuel.

Un sample.

Une première structure.

Puis tu ajoutes une voix et tu modifies l’instrumental parce que cette voix change ton idée du morceau.

Produire consiste donc à prendre des décisions beaucoup plus larges :

  • quels éléments utiliser ;
  • quand ils apparaissent ;
  • quand ils disparaissent ;
  • comment le morceau évolue ;
  • quels sons choisir ;
  • quelles prises conserver ;
  • quelle ambiance rechercher.

Et c’est précisément pour cela qu’il est parfois difficile de déterminer où finit la production et où commence le mixage.

Mixer : faire fonctionner toutes les pistes ensemble

À un certain moment, ton morceau existe.

Tu sais globalement :

  • quels éléments vont être utilisés ;
  • quelle est sa structure ;
  • quelles prises tu conserves ;
  • comment la voix s’intègre ;
  • comment les différentes parties s’enchaînent.

Le travail devient alors davantage :

Comment faire pour que tout cela sonne bien ensemble ?

C’est le rôle du mixage.

Au mixage, on ne travaille pas uniquement sur « le son du morceau ».

On dispose encore des différentes pistes séparées.

Par exemple :

  • la voix ;
  • le rythme ;
  • la basse ;
  • les éléments mélodiques ;
  • les instruments ;
  • les effets ou autres pistes du projet.

Il est donc encore possible d’intervenir spécifiquement sur chacune d’elles.

Le volume est déjà du mixage

Mixer commence souvent par quelque chose de très simple : les niveaux.

Une voix peut être trop faible.

Une basse trop dominante.

Un élément secondaire peut prendre beaucoup trop d’attention.

Avant même d’utiliser un plugin, les faders permettent déjà de construire une hiérarchie.

Qu’est-ce qui doit être devant ?

Qu’est-ce qui peut rester derrière ?

Quels éléments doivent être clairement audibles et lesquels doivent simplement participer à l’ensemble ?

Un bon mix ne signifie pas que toutes les pistes doivent être entendues de la même manière.

Il signifie que chacune possède une place adaptée à son rôle.

Producteur au casque devant sa session de mixage

EQ, panoramique et compression permettent d’affiner cet équilibre

Lorsque les volumes commencent à fonctionner, d’autres outils permettent d’affiner le mix.

L’EQ agit sur les fréquences.

Elle peut aider lorsque plusieurs éléments se masquent ou lorsqu’une piste occupe inutilement certaines zones du spectre.

Le panoramique répartit certains éléments entre la gauche et la droite et contribue à construire l’espace stéréo.

La compression permet notamment de maîtriser certaines variations de dynamique.

La reverb et le delay peuvent créer de la profondeur, de l’espace ou un effet artistique.

Mais ces outils ont un point commun :

ils doivent servir le morceau.

Mettre automatiquement une EQ, un compresseur et trois effets sur chaque piste n’est pas mixer.

Mixer consiste à identifier ce dont le morceau a besoin et à intervenir en conséquence.

Production et mixage peuvent se chevaucher

Dans un monde parfaitement organisé, on pourrait imaginer :

Je termine entièrement ma production.
Puis je ne touche plus à rien et je commence mon mix.

Dans beaucoup de projets actuels, ce n’est pas ainsi que cela se passe.

Pendant que tu produis, tu règles déjà des volumes.

Tu mets une EQ sur un son.

Tu compresses peut-être une voix.

Tu ajoutes une reverb qui devient une partie importante de l’identité du morceau.

Autrement dit, tu mixes déjà un peu pendant que tu produis.

Et pendant le mixage, tu peux découvrir qu’un problème ne vient finalement pas du son mais de l’arrangement.

Deux éléments se gênent constamment ?

La meilleure solution n’est peut-être pas une EQ plus complexe.

Peut-être faut-il simplement retirer l’un des deux pendant certaines parties.

Les frontières existent donc surtout pour comprendre la fonction du travail, pas pour imposer une méthode rigide.

Comment savoir si ton mix est terminé ?

C’est évidemment une des questions les plus difficiles.

Un mix peut toujours être modifié.

Encore 0,5 dB sur la voix.

Un peu moins de basse.

Une autre reverb.

Une EQ légèrement différente.

Il faut pourtant finir par arrêter.

Un mix est suffisamment abouti lorsque les éléments importants trouvent leur place, que rien ne te gêne de manière évidente et que le morceau correspond à l’intention que tu recherches.

Un bon test consiste aussi à l’écouter dans plusieurs situations :

  • tes enceintes habituelles ;
  • un casque ;
  • éventuellement d’autres petites enceintes ;
  • à faible volume ;
  • après une pause qui permet de retrouver des oreilles plus fraîches.

L’objectif n’est pas qu’il sonne rigoureusement identique partout.

Mais il doit rester compréhensible et cohérent.

Un environnement d’écoute suffisamment précis aide aussi à prendre de meilleures décisions. C’est notamment l’un des rôles d’un studio d’enregistrement et de production correctement traité.

À la fin du mix, les pistes deviennent un fichier stéréo

C’est là que la distinction avec le mastering devient beaucoup plus claire.

Pendant le mix, tu pouvais encore baisser seulement la voix.

Modifier uniquement la basse.

Changer la reverb d’une piste.

Déplacer un élément dans le panoramique.

Une fois le mix exporté, toutes ces pistes sont généralement réunies dans un fichier stéréo final.

Et c’est ce fichier qui passe ensuite au mastering dans la plupart des workflows.

Masteriser : travailler le morceau comme un tout

Le mastering intervient donc à la fin.

Le morceau n’est plus une collection de pistes séparées.

Le mastering travaille principalement sur le mix complet.

Cela change énormément les possibilités.

Si la voix est trop faible dans ton fichier stéréo, le mastering ne dispose plus simplement d’un fader « voix » permettant de la monter.

La voix fait désormais partie du même fichier que le reste.

C’est précisément pourquoi le mastering ne doit pas être considéré comme une manière de réparer un mauvais mix.

Chanteuse au micro en cabine d’enregistrement

À quoi sert réellement le mastering ?

Le mastering permet notamment de finaliser :

  • l’équilibre tonal global ;
  • la dynamique générale ;
  • le niveau final ;
  • l’équilibre spectral global ;
  • la cohérence du morceau ;
  • sa traduction sur différents systèmes d’écoute et de diffusion.

Pour un EP ou un album, il permet également de créer une certaine cohérence entre plusieurs morceaux.

Les outils ressemblent parfois à ceux du mixage — EQ, compression, limitation, mesure des niveaux — mais le point de vue est différent.

Au mixage :

Comment la voix fonctionne-t-elle par rapport à la musique ?

Au mastering :

Comment le morceau entier fonctionne-t-il comme produit final ?

C’est cette différence de perspective qui compte réellement.

Le mastering ne consiste pas simplement à rendre le morceau plus fort

C’est une idée très répandue.

On termine un mix.

Il semble moins fort qu’un morceau commercial.

On ajoute alors un limiter jusqu’à obtenir beaucoup plus de volume.

Et on appelle cela mastering.

Le niveau final fait effectivement partie du travail.

Mais plus fort ne signifie pas automatiquement meilleur.

Un mastering trop agressif peut réduire excessivement la dynamique, créer de la distorsion ou rendre le morceau fatigant.

Le but est plutôt de trouver un équilibre entre niveau, dynamique, équilibre spectral et qualité sonore.

Le mastering ne sauve pas un mauvais mix

C’est probablement le point le plus important à retenir.

Si ta voix est réellement trop faible, retourne au mix.

Si une piste sature, retourne au mix.

Si la basse masque complètement le reste, retourne au mix.

Si l’arrangement est trop chargé, retourne parfois encore plus loin : à la production.

Le mastering est la dernière finition, pas une opération destinée à transformer un projet qui ne fonctionne pas encore en morceau terminé.

Faut-il faire soi-même le mixage et le mastering ?

Pour apprendre : oui, absolument.

Mixer ses propres morceaux permet de comprendre énormément de choses sur :

  • l’enregistrement ;
  • l’arrangement ;
  • les fréquences ;
  • la dynamique ;
  • l’espace ;
  • et les choix que l’on fait pendant la production.

Même chose pour le mastering : essayer permet de comprendre son rôle.

Mais cela ne signifie pas qu’il faut toujours tout faire soi-même.

Un autre ingénieur peut apporter :

  • davantage d’expérience ;
  • une meilleure écoute technique ;
  • un environnement d’écoute plus précis ;
  • et surtout des oreilles neuves.

Après avoir travaillé des dizaines d’heures sur un morceau, il devient difficile de l’entendre avec suffisamment de recul.

Faire appel à quelqu’un d’autre peut donc être un choix artistique autant que technique. Plug The Jack permet aussi de trouver des ingénieurs du son et producteurs indépendants avec qui travailler sur un projet.

Une manière simple de retenir les quatre étapes

Lorsque tu ne sais plus exactement ce que signifient les termes, reviens à quatre questions.

Enregistrement : qu’est-ce que je capture ?

Je crée la matière sonore.

Production : qu’est-ce que je construis ?

Je décide des éléments, des sons, de la structure et de l’évolution du morceau.

Mixage : comment les pistes fonctionnent-elles ensemble ?

J’équilibre, je crée de la place et je construis le son global à partir des pistes séparées.

Mastering : comment le morceau final fonctionne-t-il comme un tout ?

Je travaille sur le mix terminé et je prépare sa version finale pour la diffusion.

Dans la réalité, les frontières peuvent se chevaucher.

Mais le principe reste très simple :

on enregistre des éléments, on construit un morceau, on mélange ses différentes pistes, puis on finalise le tout.

Damien
Fondateur de Plug The Jack