Quel matériel faut-il pour apprendre à mixer ?

Depuis plusieurs années, je vois entrer dans les studios de Plug The Jack énormément de DJs qui commencent.

Certains possèdent déjà un petit contrôleur chez eux. D’autres ont passé des heures à regarder des vidéos avant de toucher leur premier jog. Et certains découvrent pratiquement le DJing directement dans nos studios, devant une paire de CDJ ou un XDJ-RX3.

Une question revient forcément assez vite : quel matériel faut-il pour apprendre à mixer ?

Mains sur les platines pendant un mix

La réponse paraît simple. On pourrait dresser une liste : un contrôleur, un ordinateur, un casque, des enceintes…

Mais avec le temps, je trouve la question un peu plus intéressante que cela.

Car il faut distinguer deux choses : le matériel dont on a besoin pour apprendre et le matériel que l’on a besoin de posséder.

Ce n’est pas exactement la même chose.

Il n’existe pas un seul bon matériel pour commencer

Quand on regarde le matériel DJ pour la première fois, l’offre peut être assez intimidante.

Il existe de petits contrôleurs à quelques centaines d’euros, des systèmes autonomes, des lecteurs séparés, des tables de mixage, des configurations à deux ou quatre decks et des installations professionnelles dont le prix peut rapidement atteindre plusieurs milliers d’euros.

On pourrait facilement en déduire qu’il existe une progression logique : commencer sur un petit contrôleur, passer ensuite sur un meilleur contrôleur, puis sur un système autonome et enfin arriver sur des CDJ.

Dans la réalité, je ne pense pas que les choses soient aussi linéaires.

On peut parfaitement apprendre sur un contrôleur simple chez soi.

Mais on peut également découvrir le DJing directement sur un XDJ ou sur des CDJ lorsqu’on a accès à ce matériel. Nous le voyons régulièrement chez Plug The Jack : des personnes qui n’ont pratiquement jamais mixé viennent essayer, parfois accompagnées d’un ami qui leur montre les premiers gestes.

Le matériel est différent. Le prix est très différent. Mais les premières choses à comprendre restent assez proches : écouter deux morceaux, préparer le suivant, comprendre leur structure, gérer les niveaux et apprendre à les faire vivre ensemble.

Le meilleur point de départ est donc peut-être simplement celui auquel on peut avoir accès suffisamment souvent pour pratiquer.

Un contrôleur reste une excellente manière de commencer chez soi

Pour quelqu’un qui souhaite acheter son premier matériel, un contrôleur deux voies reste probablement l’une des solutions les plus simples.

Il fonctionne généralement avec un logiciel DJ installé sur un ordinateur, une tablette ou parfois un smartphone. Le contrôleur permet alors de manipuler physiquement les deux decks, les volumes, l’égalisation, la préécoute et les autres fonctions utilisées pour mixer.

C’est compact, relativement accessible et surtout disponible à tout moment.

Et cela compte énormément.

Avoir son matériel chez soi signifie pouvoir mixer pendant vingt minutes parce qu’on en a envie, revenir sur une transition qui ne fonctionnait pas la veille, tester quelques morceaux ou passer deux heures à jouer sans avoir dû organiser quoi que ce soit.

Pour apprendre, cette régularité vaut probablement davantage qu’une longue liste de fonctions.

Deux voies suffisent d’ailleurs largement pour débuter. Avant de vouloir superposer trois ou quatre morceaux, il y a déjà énormément à apprendre avec deux : comprendre les tempos, les structures, les entrées et sorties, l’égalisation, les volumes et surtout écouter ce qui se passe.

Le logiciel fait partie de l’apprentissage

Lorsqu’on utilise un contrôleur, le logiciel constitue une partie importante du setup.

Rekordbox, Serato, Traktor, djay et d’autres solutions permettent de gérer sa musique, construire ses playlists, préparer ses morceaux et retrouver les informations utiles pendant le mix.

Au début, on peut avoir tendance à voir le logiciel comme une sorte d’écran de contrôle.

Avec le temps, il devient aussi une bibliothèque personnelle.

On commence à organiser sa musique. On classe. On crée des playlists. On place certains points de repère. On retrouve des morceaux que l’on avait oubliés. On commence surtout à comprendre comment on veut construire un set.

C’est aussi pour cette raison qu’il n’est pas nécessaire de posséder énormément de matériel pour commencer.

Une bibliothèque musicale que l’on connaît bien et quelques dizaines d’heures passées à réellement mixer peuvent apporter beaucoup plus qu’un setup spectaculaire que l’on maîtrise à peine.

Trois platines CDJ dans un studio DJ éclairé

Le casque n’est pas un accessoire

Il y a en revanche un élément difficilement facultatif pour apprendre à mixer : le casque.

Pas simplement pour pouvoir mixer sans déranger les voisins.

Le casque permet surtout d’écouter ce qui n’est pas encore diffusé.

Pendant qu’un morceau joue, on peut préparer le suivant, trouver son point de départ, vérifier ce que l’on va faire et entendre la transition avant de l’envoyer dans le mix principal.

C’est l’un des gestes fondamentaux du DJing.

Il n’est pas nécessaire de commencer avec le casque le plus cher du marché. Mais il doit être filaire, suffisamment confortable et permettre d’entendre clairement ce que l’on prépare.

Lorsqu’on dispose d’un budget limité, mieux vaut privilégier quelques éléments simples que l’on utilisera réellement à chaque session plutôt qu’une accumulation d’accessoires.

Et les enceintes ?

Les enceintes sont évidemment utiles.

Elles permettent d’entendre le mix dans la pièce pendant que le morceau suivant est préparé au casque. On se rapproche ainsi davantage de la logique d’une diffusion devant d’autres personnes.

Mais là encore, il faut distinguer ce qui est utile de ce qui est indispensable dès le premier jour.

Quelqu’un qui habite dans un appartement, pratique tard le soir ou dispose simplement d’un budget limité peut déjà apprendre énormément sans installer un système sonore important chez lui.

Lorsqu’on souhaite ajouter des enceintes, une paire adaptée à une écoute de proximité peut parfaitement suffire pour pratiquer.

L’objectif n’est pas de recréer une boîte de nuit dans sa chambre.

Contrôleur, XDJ, CDJ : qu’est-ce qui change vraiment ?

C’est probablement ici que beaucoup de débutants commencent à se perdre.

Un contrôleur DJ fonctionne généralement avec un ordinateur ou un appareil mobile sur lequel tourne le logiciel.

Un système autonome, comme certains XDJ, regroupe dans une seule machine les decks, la partie mixage, les écrans et la lecture de la musique. Il peut donc être utilisé sans garder un ordinateur ouvert devant soi pendant le mix.

Un setup constitué de lecteurs séparés et d’une table de mixage, comme une paire de CDJ reliée à une table, pousse encore plus loin cette logique modulaire.

Vu de loin, les différences paraissent énormes.

Quand on se place derrière le matériel, on retrouve pourtant beaucoup de principes communs.

Il y a toujours des morceaux à sélectionner. Une préécoute. Des niveaux. Une égalisation. Des tempos. Des points de départ. Un moment où l’on décide de faire entrer le morceau suivant.

Cela ne veut pas dire que tous les appareils se manipulent exactement de la même manière.

Les dimensions changent. Les écrans changent. L’emplacement des commandes change. La manière de préparer et charger sa musique peut changer. Certaines fonctions existent sur un appareil et pas sur un autre.

Mais apprendre à mixer ne se résume pas à mémoriser l’emplacement des boutons d’une machine particulière.

Alors, vaut-il mieux commencer sur un contrôleur ou sur des CDJ ?

Je ne pense pas qu’il faille opposer les deux.

Pour quelqu’un qui souhaite acheter son premier setup pour pratiquer chez lui, un contrôleur deux voies constitue une solution très raisonnable. Il permet de pratiquer beaucoup pour un investissement relativement limité.

Mais cela ne signifie absolument pas qu’un débutant ne devrait pas toucher à des CDJ.

C’est même une idée à laquelle je tiens particulièrement, parce que nous observons exactement le contraire dans nos studios.

Nous voyons régulièrement des personnes venir découvrir le DJing directement sur du matériel professionnel. Au début, l’installation peut impressionner. Puis quelqu’un leur montre comment charger deux morceaux, utiliser la préécoute, lancer un morceau et commencer à comprendre ce qui se passe.

Quelques minutes plus tard, le matériel paraît déjà beaucoup moins mystérieux.

Un débutant n’a donc pas besoin de « mériter » les CDJ en passant d’abord plusieurs années sur autre chose.

De la même manière, il n’a pas besoin d’en acheter une paire pour commencer.

Ce sont deux questions différentes.

Jog wheel d’un CDJ Pioneer en gros plan

Posséder son matériel et avoir accès au matériel

C’est probablement la distinction la plus importante de cet article.

Nous avons souvent tendance à penser notre pratique musicale uniquement à travers ce que nous possédons.

Pourtant, on peut très bien avoir chez soi un contrôleur simple permettant de pratiquer trois ou quatre fois par semaine et utiliser ponctuellement un XDJ ou des CDJ pour découvrir une autre manière de travailler.

Ou ne rien posséder au départ et aller pratiquer régulièrement sur du matériel auquel on a accès.

Cette distinction rejoint d’ailleurs une idée plus large que nous avons déjà abordée : un bon environnement pour faire de la musique est aussi celui qui enlève les frictions inutiles entre l’envie de pratiquer et la pratique elle-même.

Chez Plug The Jack, nos studios DJ accueillent aussi beaucoup de personnes qui sont encore en train d’apprendre. Certaines possèdent déjà leur matériel. D’autres viennent précisément parce qu’elles veulent découvrir un setup différent sans devoir l’acheter.

Plusieurs fois par an, nous organisons également des Open DJ Sessions dans nos centres. Les studios sont alors accessibles et permettent notamment de découvrir le matériel, de pratiquer et de rencontrer d’autres DJs.

Ce n’est pas la même chose que jouer un véritable gig devant un public. Mais pour quelqu’un qui commence, cela peut être une manière assez simple de sortir de la pratique seul chez soi et de rendre tout cet univers un peu moins intimidant.

C’est aussi une idée qui dépasse le DJing : on n’a pas nécessairement besoin de posséder tout ce dont on a besoin pour pratiquer une passion.

Parfois, il suffit d’y avoir accès.

Faut-il apprendre toutes les fonctions ?

Les équipements DJ actuels peuvent faire énormément de choses.

Hot cues, boucles, effets, stems, synchronisation automatique, plusieurs decks, affichage détaillé des formes d’onde…

Lorsque l’on commence, toutes ces possibilités peuvent donner l’impression qu’il faudrait apprendre énormément de choses avant de savoir réellement mixer.

Je crois qu’il faut plutôt prendre le problème dans l’autre sens.

Commencer avec quelques gestes.

Choisir deux morceaux.

Les écouter.

Comprendre comment ils sont construits.

Essayer de passer de l’un à l’autre.

Entendre que cela ne fonctionne pas.

Recommencer.

Puis découvrir progressivement les outils qui permettent de faire davantage.

Le bouton Sync est un bon exemple. Il peut parfaitement faire partie de la manière de mixer de quelqu’un. Mais synchroniser deux tempos ne suffit pas à faire fonctionner musicalement une transition.

Les morceaux ont une structure. Une énergie. Des moments de tension et de respiration.

Et c’est en passant du temps à écouter et à essayer que l’on commence réellement à comprendre cela.

Alors, quel matériel faut-il réellement pour débuter ?

Si l’objectif est de pratiquer régulièrement chez soi avec son propre matériel, un setup assez simple peut suffire :

un contrôleur deux voies, un appareil compatible, un logiciel DJ et un casque.

Des enceintes peuvent venir compléter l’installation.

Quelqu’un qui dispose d’un budget plus important et souhaite mixer sans ordinateur peut préférer un système autonome.

Et quelqu’un qui a directement accès à un XDJ ou à des CDJ peut tout aussi bien commencer dessus.

Il n’y a pas de parcours obligatoire.

Ce qui compte surtout est de pouvoir recommencer.

Encore et encore.

Parce que la différence entre quelqu’un qui a regardé beaucoup de vidéos sur le DJing et quelqu’un qui commence réellement à mixer apparaît probablement à cet endroit : le second a passé du temps derrière le matériel.

Commencer avant d’avoir le setup parfait

Le matériel DJ est attirant.

C’est aussi une partie du plaisir. On peut aimer les machines, comparer les équipements, découvrir de nouvelles fonctions et rêver d’un magnifique setup chez soi.

Il n’y a rien de mauvais là-dedans.

Mais je vois aussi des débutants hésiter devant du matériel professionnel parce qu’ils pensent qu’il faudrait déjà savoir mixer avant d’y toucher. Cette question de légitimité lorsqu’on commence la musique n’est d’ailleurs pas propre au DJing.

C’est dommage.

Un contrôleur d’entrée de gamme peut être un excellent outil pour apprendre. Un XDJ peut l’être aussi. Une paire de CDJ également.

La vraie différence se fera surtout dans ce qu’on en fait.

Le bon matériel pour commencer n’est donc peut-être pas le plus simple, le plus professionnel ou le plus cher.

C’est celui qui vous permet réellement de commencer, de pratiquer régulièrement et de continuer à découvrir le DJing.

Damien
Fondateur de Plug The Jack