Comment répéter efficacement en groupe ?

Une bonne répétition ne se mesure pas au nombre de morceaux joués en deux heures.

On peut passer toute une soirée dans un local de répétition et repartir avec l’impression de ne pas avoir avancé. À l’inverse, une session relativement courte peut permettre de mettre en place deux nouveaux titres, de résoudre quelques passages difficiles et surtout de faire progresser la manière dont le groupe joue ensemble.

Répéter efficacement ne signifie pas transformer la musique en travail méthodique où chaque minute doit être productive. Un groupe existe aussi pour le plaisir de jouer, de partager une énergie et de créer quelque chose ensemble.

Chanteuse au micro pendant une répétition

Mais quelques principes simples permettent d’éviter de perdre une grande partie du temps collectif dans des choses qui auraient pu être préparées ou réglées autrement.

Préparez la répétition avant d’arriver

Le premier principe est probablement le plus simple : sachez à l’avance ce que vous allez jouer.

Si chacun découvre le programme en arrivant, il devient difficile de demander aux musiciens d’avoir travaillé leurs parties chez eux.

Avant la répétition, définissez donc les titres qui seront au programme.

Cela peut être :

  • deux ou trois nouveaux morceaux à mettre en place ;
  • plusieurs titres du répertoire à améliorer ;
  • un passage particulier qui pose problème ;
  • une série de morceaux que vous voulez pouvoir enchaîner ;
  • ou la setlist d’un prochain concert.

Cette préparation n’a pas besoin d’être compliquée. Un message envoyé quelques jours avant peut suffire.

L’essentiel est que chacun puisse arriver en ayant travaillé ce qui relève de son travail individuel.

Le temps de répétition est beaucoup trop précieux pour que quatre musiciens attendent pendant qu’un cinquième découvre encore ses accords ou ses notes.

Si votre groupe vient tout juste de se former, commencez par notre guide Première répétition en groupe : comment bien se préparer ?.

Un programme ne signifie pas non plus que tout doit être figé.

La musique a besoin d’espaces de respiration. Une idée peut apparaître pendant la session. Une improvisation peut mener ailleurs que prévu. Vous pouvez avoir envie de rejouer spontanément un ancien titre.

Le cadre sert à donner une direction, pas à empêcher le groupe d’en sortir.

Commencez par un morceau qui met le groupe en route

Il n’est généralement pas nécessaire d’attaquer immédiatement le titre le plus difficile du répertoire.

Commencez plutôt par un morceau que le groupe connaît bien et qu’il aime jouer.

Pas forcément le plus facile. Mais un titre capable de remettre rapidement tout le monde dans une énergie commune.

Ce premier morceau sert aussi naturellement à terminer la mise en place sonore.

Vous avez peut-être déjà vérifié vos instruments et fait une première balance, mais rien ne remplace quelques minutes de musique jouée ensemble pour comprendre si tout le monde s’entend correctement.

Si la balance devient elle-même un problème, notre guide Comment bien s’entendre en répétition ? détaille le volume, le placement des amplis, la voix et l’équilibre du groupe.

Le premier titre permet donc à la fois de :

  • se chauffer ;
  • retrouver ses repères ;
  • vérifier l’équilibre du groupe ;
  • commencer à écouter les autres ;
  • et entrer réellement dans la répétition.

Un deuxième morceau bien maîtrisé mais un peu plus exigeant peut ensuite amener progressivement le groupe vers le véritable travail de la session.

Travaillez les difficultés lorsque l’attention est encore fraîche

Le morceau le plus compliqué ne doit peut-être pas être le premier.

Mais il ne devrait probablement pas non plus être gardé pour les dix dernières minutes.

Une fois le groupe échauffé et bien installé, c’est le bon moment pour travailler ce qui demande davantage de concentration :

  • un nouveau titre ;
  • une transition ;
  • un break ;
  • un départ difficile ;
  • une fin ;
  • un changement de dynamique ;
  • une harmonie ;
  • une mise en place rythmique ;
  • ou un arrangement qui ne fonctionne pas encore.

Une répétition de deux heures peut donc suivre une progression assez naturelle :

se mettre en route → travailler → résoudre → rejouer.

Cela permet de consacrer le moment où l’attention est la meilleure aux difficultés réelles du groupe, tout en gardant suffisamment de temps à la fin pour refaire de la musique sans tout analyser.

Quand un passage ne fonctionne pas, commencez par savoir ce que vous voulez

Lorsque quelque chose ne fonctionne pas, le réflexe est souvent :

On recommence.

Puis on recommence encore.

Et parfois cinq musiciens rejouent dix fois exactement le même passage sans que personne n’ait vraiment clarifié ce qui doit changer.

Avant de jouer de nouveau, posez-vous une question simple :

Qu’est-ce qu’on essaie exactement de faire ?

Il faut que les musiciens aient une représentation commune du résultat recherché.

Qui donne le départ ?

Combien de mesures dure la transition ?

Le refrain doit-il entrer brutalement ou progressivement ?

La batterie doit-elle marquer une rupture ?

La guitare doit-elle laisser davantage de place ?

La fin doit-elle être nette ou se prolonger ?

Parfois, quelques mots suffisent.

Dans d’autres cas, noter une structure sur un tableau ou une feuille peut être extrêmement utile. Une structure écrite peut rendre immédiatement visible quelque chose que tout le monde imaginait différemment.

Avant de répéter une solution, assurez-vous donc que tout le monde cherche la même solution.

Tout le groupe n’a pas toujours besoin de travailler un problème

Une difficulté dans un morceau ne concerne pas nécessairement tous les musiciens.

Une transition peut reposer principalement sur la basse et la batterie.

Une fin peut devoir être réglée entre le guitariste et le chanteur.

Un départ peut nécessiter que le batteur et le guitariste se mettent d’accord sur un repère précis.

Il est souvent beaucoup plus efficace de laisser les deux ou trois personnes concernées travailler ensemble pendant quelques minutes plutôt que de faire rejouer systématiquement tout le groupe.

Ensuite, on remet les éléments ensemble.

C’est une différence importante entre répéter beaucoup et répéter efficacement.

L’objectif n’est pas de faire jouer cinq personnes en permanence.

L’objectif est de faire progresser la musique.

Gros plan sur une batterie en studio

Travaillez un passage, puis rejouez le morceau

Lorsqu’un problème est identifié, il est parfaitement logique d’isoler quelques mesures et de les répéter plusieurs fois.

Mais il faut ensuite remettre ce travail dans son contexte.

Une transition réussie isolément n’est réellement acquise que lorsqu’elle fonctionne en arrivant du couplet précédent et en repartant vers le refrain suivant.

Il peut donc être utile de travailler selon trois étapes :

  1. isoler le passage ;
  2. le répéter jusqu’à ce qu’il fonctionne ;
  3. reprendre quelques mesures avant et continuer quelques mesures après.

Puis rejouez le titre dans son ensemble.

Cette dernière étape est importante parce qu’un groupe doit également apprendre à conserver le mouvement et l’énergie générale d’un morceau.

Ne vous arrêtez pas à chaque petite erreur

Il faut distinguer deux moments.

Quand le groupe travaille un passage, on s’arrête. On analyse. On recommence.

Mais quand le groupe décide de jouer un morceau, il faut essayer autant que possible d’aller jusqu’au bout.

Une petite erreur de guitare, une note de basse manquée ou un départ légèrement imparfait ne justifient pas toujours d’interrompre tout le monde.

Apprendre à continuer fait aussi partie du jeu collectif.

Sinon, le groupe risque de devenir excellent pour jouer les trente premières secondes d’un titre et beaucoup moins à l’aise lorsqu’il doit conserver son énergie pendant quatre minutes.

Cette capacité devient encore plus importante lorsque vous préparez un concert.

Sur scène, personne ne pourra arrêter le morceau et dire :

On reprend au deuxième refrain.

Il faudra écouter, récupérer et continuer.

Gardez un moment pour simplement enchaîner les morceaux

Après avoir passé une partie de la répétition à analyser, corriger et retravailler, il est utile de terminer autrement.

Les vingt ou trente dernières minutes peuvent par exemple servir à jouer plusieurs titres à la suite avec le moins d’interruptions possible.

Ce moment permet de vérifier ce qui a réellement été acquis pendant la session.

Mais il a aussi une autre fonction : retrouver le plaisir de jouer.

Si toute une répétition est constituée de breaks rejoués quinze fois, de discussions et de corrections, on peut avoir beaucoup travaillé sans forcément avoir beaucoup fait de musique.

Terminer en jouant permet de remettre tout cela au service de l’objectif initial.

Faire fonctionner le groupe.

Préparer un concert, c’est aussi répéter les enchaînements

Lorsqu’un concert approche, le fonctionnement de la répétition change.

Vous ne préparez plus uniquement une série de morceaux.

Vous préparez un set.

La setlist devrait donc être connue avant la répétition pour que chacun puisse arriver prêt.

Après un titre de mise en route et les derniers réglages nécessaires, il devient intéressant de dérouler tout ou partie du concert dans l’ordre prévu.

Et il ne faut pas seulement répéter l’intérieur des morceaux.

Les moments entre les titres comptent aussi :

  • comment se termine le morceau précédent ;
  • combien de temps avant de lancer le suivant ;
  • qui donne le départ ;
  • faut-il changer de guitare ou de réglage ;
  • quand le chanteur parle-t-il au public ;
  • y a-t-il un silence volontaire ;
  • quels titres doivent s’enchaîner presque immédiatement ?

Ces quelques secondes peuvent avoir énormément d’influence sur l’énergie d’un concert.

Une setlist bien jouée mais interrompue par de longues hésitations entre chaque titre peut rapidement perdre son mouvement.

Lorsque vous préparez une scène, faites donc aussi des passages où vous décidez de ne pas vous arrêter, même lorsqu’une petite erreur apparaît.

Vous n’entraînez plus seulement les morceaux.

Vous entraînez le groupe à jouer un concert.

Faut-il enregistrer ses répétitions ?

Oui, mais avec modération.

Il n’est pas forcément très utile d’enregistrer systématiquement un morceau qui est encore en pleine construction.

Vous risquez surtout d’accumuler des fichiers assez peu agréables à écouter et que personne dans le groupe n’ouvrira réellement ensuite.

L’enregistrement devient beaucoup plus intéressant lorsqu’un titre commence à tourner.

Un smartphone correctement placé dans la pièce peut déjà suffire. Un petit enregistreur portable avec deux microphones peut évidemment donner un résultat plus confortable.

L’objectif n’est pas de produire un bel enregistrement.

Il est de prendre quelques mètres de recul par rapport à ce que vous venez de jouer.

Écoutez notamment :

  • l’énergie générale ;
  • la structure ;
  • la stabilité du morceau ;
  • les transitions ;
  • les changements de dynamique ;
  • les passages qui semblent trop longs ou trop courts ;
  • et la manière dont le titre fonctionne dans son ensemble.

Il faut néanmoins rester prudent dans l’analyse.

Un smartphone placé dans un coin du local ne restitue évidemment pas exactement ce que chaque musicien entendait dans la pièce. Il peut favoriser certains instruments et en écraser d’autres.

N’utilisez donc pas cet enregistrement pour juger précisément votre balance sonore.

Utilisez-le pour répondre à une question beaucoup plus simple :

Est-ce que le morceau fonctionne ?

Et continuez aussi à faire confiance à ce que vous ressentez lorsque vous êtes en train de jouer.

Si tu veux enregistrer une répétition avec le matériel disponible chez Plug The Jack, consulte notre guide pratique Comment enregistrer une répétition ?.

Corps de guitare électrique en gros plan

À quelle fréquence faut-il répéter en groupe ?

Il n’existe pas de réponse universelle.

Un nouveau groupe peut avoir besoin de se retrouver toutes les semaines pour construire rapidement un répertoire et développer des automatismes.

Un groupe plus expérimenté peut parfaitement progresser en répétant toutes les deux semaines.

Et certains musiciens qui se connaissent depuis longtemps et travaillent sérieusement chez eux peuvent se retrouver beaucoup moins souvent tout en restant très efficaces ensemble.

La fréquence dépend notamment :

  • de l’expérience des musiciens ;
  • de la maturité du groupe ;
  • de la quantité de travail individuel ;
  • du nombre de nouveaux titres à préparer ;
  • des concerts prévus ;
  • des objectifs du projet ;
  • et de la vie de chacun.

Un groupe amateur dont les membres travaillent, étudient ou ont une famille n’a pas forcément besoin de répéter trois fois par semaine pour fonctionner.

Une répétition hebdomadaire ou toutes les deux semaines peut permettre d’avancer très correctement si chacun utilise aussi le temps entre les sessions.

Les concerts jouent également un rôle.

Un groupe qui joue régulièrement sur scène continue à pratiquer son répertoire en conditions réelles. S’il conserve une setlist relativement stable, son besoin de répétitions intermédiaires peut diminuer.

La bonne question n’est donc probablement pas :

Combien de fois faut-il répéter ?

Mais plutôt :

À quelle fréquence devons-nous nous retrouver pour continuer à progresser avec le projet que nous avons aujourd’hui ?

Une répétition a besoin d’une direction

Un groupe n’a pas nécessairement besoin d’un chef.

Mais une répétition gagne généralement à avoir quelqu’un qui maintient le mouvement.

Une personne qui sait :

  • rappeler ce qu’on avait prévu ;
  • proposer de passer au titre suivant ;
  • constater qu’on tourne en rond ;
  • garder un œil sur le temps ;
  • décider qu’un passage mérite encore quelques essais ;
  • ou, au contraire, suggérer qu’il est temps de le laisser reposer.

Ce rôle peut être pris naturellement par des personnalités différentes.

Dans certains groupes, c’est le chanteur. Dans d’autres, le guitariste, le batteur ou quelqu’un qui aime simplement structurer les choses.

Cela ne signifie pas que cette personne doit décider musicalement pour les autres.

Chacun doit pouvoir avoir sa place dans le groupe et exprimer ce qu’il entend ou ce qu’il ressent.

La direction sert surtout à éviter qu’après chaque morceau cinq personnes se regardent en attendant que quelqu’un dise :

Bon… on fait quoi maintenant ?

Un minimum de structure permet paradoxalement de laisser davantage de place à la musique.

Certains morceaux ne fonctionnent tout simplement pas

Il arrive qu’un titre résiste.

Avant de vous acharner, essayez d’identifier la raison.

Peut-être qu’un musicien n’a pas encore suffisamment travaillé sa partie.

Peut-être qu’un passage demande une technique que le groupe ne maîtrise pas encore.

Dans ce cas, le problème peut être résolu par du travail.

Mais il existe également une autre possibilité :

ce morceau ne fonctionne simplement pas très bien avec ce groupe.

Ce n’est pas nécessairement un échec.

Les musiciens peuvent avoir le niveau technique nécessaire et malgré tout ne jamais vraiment trouver l’énergie, le groove ou la cohérence recherchés.

Il faut parfois avoir suffisamment de recul pour simplifier un arrangement, changer une partie ou même abandonner le titre.

Et surtout, ne confondez pas difficulté et qualité.

Un arrangement complexe n’est pas nécessairement meilleur qu’un arrangement simple.

L’histoire de la musique est remplie de morceaux construits sur quelques accords, une rythmique simple ou très peu d’éléments et qui fonctionnent précisément parce que chaque chose est à sa place.

La technique peut être stimulante.

Mais la musique n’a aucune obligation d’être compliquée pour être bonne.

L’efficacité musicale n’est pas synonyme de complexité.

Comment savoir si une répétition a été efficace ?

Le premier critère est probablement le plus simple.

Est-ce que vous avez pris du plaisir à jouer ensemble ?

Si chacun a trouvé sa place, si personne ne repart frustré et si le groupe a envie de se revoir, la répétition a déjà atteint un objectif important.

Tous les groupes n’ont pas une ambition professionnelle.

Pour énormément de musiciens, jouer ensemble, partager une énergie et préparer quelques concerts est déjà une raison suffisante de répéter.

Mais il existe aussi un deuxième indicateur : est-ce que le groupe a acquis quelque chose ?

Vous étiez arrivés avec deux nouveaux morceaux travaillés séparément chez vous.

Deux heures plus tard, est-ce que ces morceaux existent désormais réellement comme des morceaux du groupe ?

Avez-vous trouvé leurs départs ?

Leurs transitions ?

Leur dynamique ?

Leur fin ?

Est-ce que vous savez maintenant les jouer ensemble ?

Et surtout : lorsque vous reviendrez à la répétition suivante, allez-vous pouvoir partir de cet acquis ?

Une répétition devient frustrante lorsque, semaine après semaine, les mêmes erreurs réapparaissent et que les mêmes discussions recommencent comme si la session précédente n’avait jamais existé.

Une répétition efficace crée au contraire une mémoire du groupe.

Vous repartez avec quelque chose que vous n’aviez pas en arrivant.

Le cadre doit servir la musique

Préparez ce que vous allez jouer.

Arrivez en connaissant vos parties.

Commencez par quelque chose qui remet le groupe en mouvement.

Travaillez les difficultés lorsque tout le monde est encore concentré.

Clarifiez ce que vous voulez obtenir avant de recommencer dix fois le même passage.

Faites travailler ensemble les musiciens qui en ont réellement besoin.

Puis rejouez.

Enregistrez lorsque cela apporte quelque chose.

Et gardez suffisamment de temps pour arrêter d’analyser et retrouver simplement le plaisir de faire de la musique ensemble.

Une répétition efficace n’est pas celle où aucune minute n’a été perdue.

C’est celle où, deux heures plus tard, le groupe joue un peu plus comme un groupe qu’au moment où il est entré dans le local.